法语助手
2024-11-26
Coucou, c'est Adèle Exarchopoulos.
Je vais vous parler de mes rôles iconiques.
En tout cas, j'espère que tu voudras bien m'aider pour mes dissertation de philo
parce que tu as l'air...
Écoute, quand tu veux.
L'impact de "La Vie d'Adèle" dans ma vie, c'est ça.
C'est que, quoi que je fasse, on m'en parle toujours.
Ça ne me dérange pas, parce que je trouve que la beauté du geste de ce film est
que c'est assez universel et intemporel.
Le fait que ce soit juste 2 personnes qui se croisent et, d'un coup,
la vie est bousculée, chamboulée.
Puis "La Vie d'Adèle" a été un peu mon 1ᵉʳ festival de Cannes.
Ma 1ʳᵉ polémique.
Ça a été un baptême de plein de 1ʳᵉˢ fois pour moi.
Donc ça m'a beaucoup appris.
Personnellement, je ne regarde pas trop.
Je les regarde une fois avant de les défendre.
Une 2ᵉ fois, s'il y a une avant-première et qu'il y a des proches dans la salle.
Mais je ne vais pas me faire un film à moi le week-end.
Une scène qui m'a marquée, c'est une scène qu'on a faite environ
une centaine de fois : la 1ʳᵉ fois qu'on se croise.
Je me rappelle que j'ai pris un coup de soleil tellement j'avais
traversé la rue, toute la journée, sans couper.
Il y a eu beaucoup d'improvisation sur ce tournage.
Abdel a un peu le geste de mettre tout le monde en bonne condition,
d'engendrer une conversation ou une situation et de laisser tourner sa caméra.
Parfois il s'endormait même.
Parfois il allait manger et il revenait.
On avait le luxe du temps.
On a tourné très longtemps.
En même temps, c'était un peu à l'arrache.
Pour jouer les saisons, il y avait Kamel, un régisseur,
qui montait dans l'arbre du parc.
Avant ça, on ramassait plein de feuilles mortes tous ensemble.
Après il les jetait comme ça pendant la scène, pour
faire genre c'est l'automne.
Il était hyper dur, le casting.
Je me rappelle, j'avais trop peur.
C'était pour jouer une jeune fille qui rêve d'avoir un rôle.
En même temps, elle est complètement perdue, un peu border suicidaire.
Je le voulais trop, ce rôle.
J'avais adoré le scénario.
Je le trouvais assez brillant, très fantaisiste.
Et j'aimais toute la troupe d'acteurs qu'il y avait.
C'est la 1ʳᵉ fois que j'assumais en casting de dire :
"J'ai peur parce que je veux trop avoir ce rôle".
On travaillait à Stromboli, sur une île volcanique.
La cantine, c'était italien.
C'était exceptionnel.
C'était un tournage extrêmement joyeux.
J'ai surtout un souvenir très précis de Sandra Hülller.
Elle ne fait aucune prise pareille, et en même temps toujours très
juste avec son personnage.
Plein de tentatives différentes.
Je m'étais dit : c'est vraiment une grande leçon.
Je n'avais jamais vu quelqu'un faire ça.
La dernière fois que je l'ai vue,
il était en train de lui arriver ce qui lui est arrivé à Cannes.
On était juste euphoriques, trop contentes.
Elle avait quelque chose de bouleversant.
C'est beau de voir les gens comme ça, dans un moment aussi précieux et vulnérable.
Tu ne sais même pas tout ce qui va se passer derrière.
Après, elle a rendu la France très fière
partout où elle est allée avec ce film.
C'est quand même un chef-d'œuvre.
On commence à manger quand la maîtresse de maison a terminé sa 1ʳᵉ bouchée.
Par contre, tu n'es pas obligée de nous gueuler dessus.
On n'est pas des clébards.
- J'ai un problème vocal. - Vocal ?
Ce n'est pas contre toi. Elle est comme ça.
OK.
D'accord !
- Elle n'est pas énervée, en fait. - OK.
Tu crois que ça m'amuse ?
J'ai passé un casting.
Dans les essais, il y avait écrit psychotique,
dans la manière de décrire Agnès.
Après, je pense qu'on est tombés d'accord sur le fait qu'Agnès,
il fallait qu'elle soit hyper sincère.
Un peu comme les enfants à 16h30, quand tu vas à la sortie des cours.
C'est juste quelque chose de l'ordre de l'enfance,
de la pureté.
Au début, j'avais un peu peur.
Je me suis dit : les gens vont se moquer d'elle.
Est-ce qu'on se moque des gens en faisant ça d'Agnès ?
Parce que ce qui me bouleverse chez elle, c'est qu'elle n'a pas la forme,
mais qu'elle a complètement le fond.
C'est la fille la plus brillante de la maison.
C'est elle qui a compris ce qui se tramait, etc.
Personne ne l'écoute parce qu'elle a
quelque chose d'un peu de cyborg.
Je me suis dit : non, dans le film, elle a des amis.
Ils partent en vacances avec elle.
Si les gens décident de rire de sa pureté, c'est joli.
Si les gens décident de se moquer, c'est leur choix.
Franchement, avant chaque film, j'ai peur.
Je me dis :
je vais me faire virer ou peut-être ce sera le dernier.
Ou ça passe ou ça casse.
Je me rappelle qu'à l'époque, quand j'avais tourné le film de Sean Penn,
j'étais allé voir tout le monde en disant : "Tu n'as pas peur de te faire virer ?"
Et ils avaient peur.
Charlize Theron me disait : "Si, j'ai tout le temps peur".
Javier Bardem m'avait dit : "J'angoisse".
Je me suis dit : waouh !
Javier Bardem angoisse.
Je m'appelle Soraya. J'ai 28 ans.
J'ai subi une transplantation du cœur.
Ça a été très dur de trouver un donneur compatible.
Jusqu'au jour où Mango m'a donné le sien.
J'ai un cœur de singe.
Et moi, j'ai un cœur d'artichaut.
C'était très 1ᵉʳ degré.
J'étais avec Jonathan Cohen.
On était en vacances à ce moment-là.
D'ailleurs, il y avait Géraldine dans la maison et plein d'autres potes.
On était beaucoup.
Il m'avait dit : "Écoute, pour Soraya, ce serait quand même bien qu'on essaie
différentes attitudes de babouins.
Viens, on va avec Géraldine faire une impro".
On est partis dans un salon.
Géraldine devait m'annoncer que j'ai un cœur de singe qui a été transplanté,
suite à une opération qui s'est mal passée.
Ce qui est beau, c'est qu'il faut le jouer très 1ᵉʳ degré.
Donc on a essayé plein de réactions de babouins différentes,
de tristesse, etc.
C'est d'ailleurs ça, le génie de Jonathan.
Pour moi, c'est le génie de la comédie en général.
C'est quand tu es très 1ᵉʳ degré et sincère que ça me fait rire.
J'ai été vraiment, c'est honteux, payée à rire.
Vraiment.
J'ai rencontré Emmanuel Marre en 1ᵉʳ.
Il y avait un scénario, mais j'ai vu qu'il ne voulait vraiment pas s'y tenir.
Il m'a dit : "J'ai besoin que tu l'oublies".
Le scénario était fragile.
Il y avait des maladresses.
C'était vraiment sur une errance d'une jeune fille en deuil.
Elle veut gravir les échelons en tant qu'hôtesse de l'air.
Il y avait un peu une notion de vide.
En même temps, ça me parlait complètement.
Il y avait plein de sujets un peu sociétaux qui surgissaient derrière,
mais sans jamais être brandis.
On est partis tourner dans les aéroports, à Dubaï.
Quand la police nous arrêtait, on disait qu'on tournait
le mariage d'un d'entre nous.
On était 5 sur le plateau.
Il y avait l'ingé son, Emmanuel, Julie, moi.
C'est nous qui avons fait nos costumes, nos maquillages.
Il y avait vraiment un truc de troupe, pour le coup, mais de galériens.
C'était intelligent.
Les scènes de deuil, on avait des fous rires, c'était gardé.
J'ai joué avec plein de gens qui jouaient leurs rôles.
Forcément, tu as une immersion assez bizarre dans quelque chose de presque
de l'ordre du documentaire.
C'était vraiment une expérience.
Pour moi, ce qui a été la clé du film dans "Rien à foutre", c'est que...
Je me rappelle l'avion allait décoller et j'ai la directrice de l'école
de mon fils à l'époque qui m'appelle.
Généralement, ce n'est jamais bon signe quand elle t'appelle avant 16h30.
Donc je me dis : non, qu'est-ce qui s'est passé ?
En fait, mon portable a coupé parce qu'on décollait.
Je me suis dit :
c'est quand même ça leur vie.
C'est un vrai sacrifice.
C'est-à-dire que, ton réel... Nous, au bureau, au travail
ou sur un plateau, tu peux toujours sortir ton
téléphone à un moment donné.
On ne va pas se mentir, tu n'as jamais 5h sans rien.
Là, tu décides pendant 5h de ne te consacrer qu'aux gens
qui sont dans l'avion, qu'à ton travail, qu'à tes collègues, qu'à la sécurité.
Il y a quelque chose d'assez vertigineux.
Pour moi, c'était la clé du personnage, de me dire : elle fuit à ce point.
C'est-à-dire que ce qu'il y a sur la terre ferme lui fait peut-être trop mal.
Tu sais, sur les feuilles de service, ils te mettent les scènes
que tu vas faire la journée.
Et ils condensent en une phrase la scène.
Quand il y a écrit, par exemple : "Martha craque" ou
"Martha s'effondre" ou "Martha est en deuil".
Je ne sais pas pourquoi Martha, je n'ai jamais joué Martha.
Quand il te dit le nom du personnage et qu'à côté il y a un effondrement
où tu as l'impression que tout le plateau s'attend à ce que tu pleures
et que tu fasses une grande scène dédiée aux Oscar qu'on mettra dans ta...
ça me fout une angoisse.
Du coup, je deviens...
Ça m'assèche le visage.
Je n'ai pas envie de pleurer.
Je pars un peu du principe que, dans la vie, quand tu pleures
encore plus en public ou tout court, même dans la chambre avec tes amis,
ou tout seul, ou avec ta mère, souvent tu n'as pas envie de pleurer.
Tu aurais préféré ne pas pleurer en public, ni dans le métro.
Plus je me dis : ne pleure pas, plus c'est là que j'ai envie de pleurer.
Des fois, tu vis et tu traverses de grosses épreuves dans ta vie.
Tu aimerais pleurer, mais il n'y a rien qui sort.
Parfois un petit détail, tu vas t'effondrer.
Tu vas te dire : attends, je ne comprends pas.
J'ai surmonté une montagne et là, un mini croche-pied, je m'effondre.
J'aimerais revoir mon frère.
Je n'ai pas envie de le croiser par hasard.
Je veux le voir pour être sûre de ne pas le croiser par hasard.
Je connaissais le travail de Jeanne Herry.
J'ai reçu le scénario.
Tout de suite, j'ai été touchée.
En plus par tous les personnages.
J'ai trouvé ça extrêmement bien écrit.
Je sentais une immense maîtrise de son sujet, de la part de Jeanne Herry.
J'ai découvert quelque chose.
Je me suis dit : la force du cinéma, c'est de créer un lien.
C'est quand même un système qui existe en France
mais qui était très méconnu.
J'ai trouvé que c'était un hommage aux bénévoles,
aux gens qui s'impliquaient, qui croyaient en le social,
en la réparation, en la communication.
Sans que ce soit plein de bons sentiments non plus.
Puisque je pense qu'il peut y avoir parfois des ratés, des frustrations.
Comme dit le film, c'est un sport de combat.
D'un coup, ça ouvrait un pont, je trouve, entre le cinéma et le réel
qui était hyper précieux et puissant.
Mon personnage, je la trouvais extrêmement digne et courageuse.
Je me suis dit : j'ai trop de chance de jouer Chloé.
Tu ne le prépares pas, en fait.
Moi, tu me prépares.
Ça fait des mois que je bosse comme une chienne, que j'ouvre tous les dossiers.
J'ai écouté beaucoup de podcasts.
J'ai lu des livres.
J'ai beaucoup parlé avec Jeanne.
Puis, je suis rentrée dans la tête de Chloé.
Malheureusement, je pense que, en tout cas pour moi, le cœur de ce personnage,
et ce qui est très douloureux dans les violences intrafamiliales en général,
c'est que la personne qui te fait du mal est quelqu'un que tu aimes extrêmement fort.
Tu n'arrêtes pas de l'aimer du jour au lendemain en fait.
C'était ce sentiment un peu d'aliénation que t'inflige ce genre
de violences intrafamiliales auxquelles j'ai essayé de réfléchir.
J'ai perdu mon frèrei> quand j'ai porté plainte.i>
Et ça me fait de la peine.
Parce que j'adorais mon frère.
C'était mon grand frère.
Et c'était vraiment particulièrement très bien écrit.
Donc il suffisait de créer ses souvenirs dans ma peau,
dans ma chair, de me dire : tiens, c'était dans une cuisine.
Comment je la vois, la cuisine ?
C'était quoi ma couette ?
Ils faisaient quoi, les bruits des pas dans la chambre, quand elle était petite ?
Tu crées un peu un monde.
Comme ça, au lieu de réciter le texte, c'est plus ça qui t'anime quand tu le racontes.
En vrai de vrai, quand tu joues avec de très
bons acteurs comme ça, ça facilite quand même beaucoup les choses.
Quand tu as l'écoute d'une Élodie Bouchez, il y a quelque chose
où tu... crois ce que tu dis en fait.
Tu sais, pendant toutes ces années, j'ai beaucoup pensé à toi.
À nous. À ce qu'on était.
Parce que tu avais tout gâché.
C'était vraiment un grand mélange d'exigence,
et en même temps une immense dose de plaisir.
J'avoue qu'Alain Chabat qui joue mon père...
J'ai tellement d'estime et d'amour pour cette personne.
C'est tellement quelqu'un de bon, de talentueux, de gentil
que... Je ne suis pas possessive.
Mais là, quand il riait avec d'autres gens, hommes ou femmes confondus,
ça me faisait mal au ventre.
Je lui disais : "Tu ne veux pas rire avec eux mais loin de moi ?"
Il me disait : "Je comprends, ma chérie".
Il riait loin de moi, d'ailleurs.
C'est vrai que c'est un film aussi d'acteurs.
En même temps, il y a 2 grands acteurs qui émergent, qui sont jeunes.
Ils étaient mineurs sur le film.
Ce sont Mallory et Malik Frikah.
En même temps, il y a Raphaël Quenard, Élodie Bouchez, François Civil.
Vincent Lacoste qui est impressionnant dans ce film.
D'un coup, ça raconte une immense histoire d'amour.
Avec quelque chose d'un peu de l'ordre du Roméo et Juliette
dans la tragédie.
Gilles est un metteur en scène qui... J'avais travaillé avec lui en tant qu'acteur,
mais il m'a vraiment impressionnée.
Tu sens qu'il a mis son cœur sur la table.
Avec un immense talent de metteur en scène.
Vraiment, il y a une mise en scène à la Guy Ritchie.
Ça fait bizarre de dire Guy Ritchie, non ?
Guy Ritchie.
Mais je n'osais pas assumer.
À la Guy Ritchie.
Celui-là, je l'avais pas mal travaillé pour être sincère.
Ce qui n'est pas toujours le cas.
Parce que les enfants avaient travaillé avec un coach.
En fait, c'est vraiment comme un psy du personnage.
C'est-à-dire que lui a toute la chronologie du script en tête.
Il sait tout ce que traverse ton personnage.
Il ne te donne jamais de réponse, en disant : "Je pense qu'elle ressent ça".
C'est comme un psy.
Il va t'amener à énormément de réflexion.
Du coup, tu as emmagasiné tout ce que le personnage a traversé.
Est-ce qu'elle avait envie de lui écrire quand il était en prison ?
Est-ce qu'il lui manque ?
Est-ce qu'elle a vu quelqu'un d'autre entre-temps ?
Est-ce qu'elle aime cet homme pour faire plaisir à son père ?
Qu'est-ce qui lui plaît chez lui ?
Qu'est-ce qui la dégoûte ?
Est-ce qu'elle aime son odeur ?
Plein de secrets, pour que, quand tu arrives, tu vives le moment présent.
Je me rappelle, il y avait une scène dure parce que je suis avec Alain,
mon père, Alain Chabat.
Il y a une scène où ça lui fait peur, parce que je suis toujours
amoureuse de mon 1ᵉʳ amour et ce n'est pas forcément le gendre idéal.
Je la fais un peu en colère.
Gilles vient me voir.
Il me dit : "Écoute, ma chérie, pour moi, je pense qu'elle est plus émue.
Elle a peur de le décevoir".
En fait, je ne m'étais pas du tout préparée à devoir être émue.
Donc, je me dis : passer de la colère à la tristesse ?
Comme il y avait Chabat en face de moi et que je ne voulais vraiment pas le décevoir,
j'ai réussi à être émue.
Et on a fait la scène tous les 2.
Ça dépend.
C'est toujours agréable de défendre un film que tu adores.
Par exemple, "L'Amour ouf", je l'aime énormément.
J'aime les gens avec qui je l'ai fait.
J'aime le film. J'aime mon personnage.
C'est vrai que, quand toute la recette est réunie, il y a quelque chose d'extrêmement
joyeux à le défendre.
Et un tournage, quand c'est fini, tu ne peux plus revenir dessus.
C'est plus quand tu rentres d'une journée et que tu te dis : j'aurais pu mieux faire.
Ça, c'est un sentiment qui est horrible.
Mais comme tous les métiers, je pense.
Salut GQ.
Merci beaucoup d'avoir partagé avec moi tous mes souvenirs et tous les rôles
que j'ai eu la chance d'avoir.
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