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2024-12-19
Parlons d'OSINT. Ah !
5 lettres.
OSINT.
L'OSINT. Open Source Intelligence.
Vous avez peut-être déjà entendu parler d'OSINT
ou, dans sa version longue, d'Enquête en sources ouvertes.
C'est une pratique qui a pris de l'ampleur ces dernières années,
y compris dans le journalisme.
En 2019, au service vidéo du Monde,
on a créé une cellule dédiée à ces enquêtes.
Mais à quoi servent-elles ?
Comment est-ce qu'on enquête ?
On vous raconte les coulisses des enquêtes vidéo.
L'OSINT est le fait d'utiliser la matière publique,
la plupart du temps sur internet, pour obtenir des informations.
Cette matière publique regroupe beaucoup de choses :
Des images sur les réseaux sociaux. Des registres du commerce.
Des inventaires de matériel militaire. Des historiques des pages internet.
Des avis Google. Des ventes immobilières.
OpenStreetMap. Des données aériennes.
Des données maritimes. Des modèles 3D.
Les métadonnées. Des historiques météo.
Des cartes.
Résumer ce qu'on peut faire de toutes ces sources en une vidéo
est impossible.
Alors, prenons un cas concret.
On est en février 2021.
Depuis quelques semaines, en Birmanie, des affrontements opposent
la junte militaire birmane, qui a pris le pouvoir lors d'un coup d'État,
et la population civile.
Mais très peu de journalistes occidentaux sont présents
pour filmer ce qui se passe.
La plupart des vidéos viennent des manifestants eux-mêmes.
Ils publient tout sur leurs réseaux sociaux,
notamment Facebook et Twitter.
À partir de quelques mots clés en anglais et en birman,
on tombe très vite sur des dizaines de photos et vidéos
qui documentent ces événements.
On les collecte dans un grand tableau, avec toutes les infos disponibles.
Et on entame un travail d'authentification.
L'idée est de savoir où et quand toutes
ces images ont été prises.
D'abord pour s'assurer qu'elles sont fiables.
Ensuite pour mieux comprendre ce qu'elles nous montrent.
Si on prend cette vidéo, par exemple...
Pour la géolocaliser, on utilise les éléments distinctifs
dans le paysage ou dans l'architecture.
On les compare à des images de référence, comme ici
Google Street View.
Malheureusement, les street view
ne sont pas disponibles partout sur la planète.
On utilise donc souvent d'autres images de référence :
les images satellites.
Ces photos satellites peuvent aussi aider à savoir quand
une photo a été prise.
Cette série d'images, par exemple, nous permet
de dater la présence d'une grande toile verte par-dessus la rue.
Donc déterminer à quelle date ces 2 photos du même endroit,
avec et sans toile verte, ont pu être prises elles aussi.
Grâce aux ombres sur cette photo, leur direction et leur longueur,
on peut même connaître l'heure à laquelle elles ont été capturées.
C'est la technique qu'on avait utilisée dans cette autre enquête
sur une attaque djihadiste au Sahel.
En croisant le jour connu de l'assaut, la localisation de cet homme
et la longueur de son ombre, nous avons pu déterminer que l'attaque
a débuté aux alentours de 14h.
Dans le cas de la Birmanie, on a utilisé une méthode
plus précise encore : la diffusion en direct
d'un certain nombre de vidéos.
Même a posteriori, on peut connaître l'heure
de diffusion d'un live sur Facebook.
En l'occurrence ici le 27 février 2021 à 9h16,
heure française.
Grâce à cette vidéo horodatée, on peut déterminer le quand de plein
d'autres vidéos prises au même moment.
Pour ça, on fait ce qu'on appelle une synchronisation.
En gros, on repère plusieurs vidéos qui montrent les mêmes événements.
Et on les fait se recouper très précisément
grâce au son.
Si on connaissait l'heure à laquelle a été filmée la 1ʳᵉ vidéo,
on peut désormais le déduire pour la 2ᵉ. À la fin,
tout cela nous permet aussi de reconstituer la scène
selon plusieurs points de vue.
On connaît désormais la date et le lieu de capture
d'une trentaine de vidéos.
Ce qui nous permet de reconstituer le fil précis
d'environ un mois d'affrontements, dans ce quartier de la capitale.
Ce que ça montre, c'est une confrontation
très déséquilibrée.
D'un côté, des militants très jeunes.
Ils tirent avec des cocktails Molotov et des lance-pierre.
De l'autre, l'armée et la police équipées de fusils d'assaut.
À plusieurs reprises, ils tirent à balles réelles sur les manifestants.
Sur ces images très violentes, l'un d'entre eux est touché à la tête.
Selon les militants que nous avons contactés, il s'agit
de Ko Peten Kyo, 34 ans.
Il meurt quelques minutes plus tard sur la route
de l'hôpital général de Rangoon.
Voilà comment, grâce aux sources ouvertes, on a pu enquêter
et raconter ce vaste mouvement de désobéissance civile en Birmanie.
Bien sûr, ça ne suffit pas.
Plusieurs journalistes du Monde se sont rendus sur place
depuis cette enquête, pour approfondir notre
compréhension grâce au terrain.
Mais dans les 1ʳᵉˢ semaines du conflit, le terrain n'était pas accessible.
Ce n'est pas un cas isolé.
Couvrir la guerre à Gaza à distance, c'est en fait quasiment impossible.
C'est un endroit qui est inaccessible aux journalistes.
En dehors des vidéos approuvées par les autorités chinoises,
les images de la région autonome sont rares.
Partout autour de la planète, il existe des lieux inaccessibles
ou peu, voire pas du tout traités, par des journalistes indépendants.
Dans tous ces lieux, l'OSINT, grâce à la matière
publiée par des milliers d'internautes, permet de répondre à une mission clé
du journalisme : aller au plus près de la réalité.
Même lorsque celle-ci est éloignée.
Cet éloignement n'est pas toujours géographique.
Il y a des terrains d'enquête proches physiquement qui sont pourtant
très difficiles d'accès.
Les nuits d'hôtel d'Emmanuel Macron, par exemple.
Grâce aux profils Strava de ses gardes du corps,
on s'est rendu compte qu'on pouvait retrouver les hôtels
dans lequel le président avait dormi.
Pour vérifier que c'était bien le cas, on a utilisé l'Instagram
de sa photographe officielle.
Entre 2 photos de réunion, elle montrait le président en pleine
séance de sport dans son hôtel.
Salle de sport dont on pouvait retrouver des photos
très facilement sur internet.
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