锡歆
2016-02-10
Les Mots de l'Actualité avec le CNDP
Yvan Amar
On le sait, c'est il y a juste un an que se perpétraient les assassinats contre Charlie Hebdo.
Il y a juste un an également, et très peu de temps après l'attentat, apparaissait le slogan qui a été tant repris depuis : « Je suis Charlie ».
C'est un graphiste qui en est à l'origine, c'est Joachim Roncin, directeur artistique du magazine Stylist.
Il a lancé cette phrase sur le réseau tweeter, sans imaginer probablement l'écho qu'elle allait avoir.
Mais par sa brièveté, Je suis Charlie, par son assurance aussi, elle a été reprise, dite, imprimée, affichée un peu partout, comme une manière d'exprimer son horreur de ce qui venait de se passer.
Mais justement, c'est son autorité, c'est l'implication qu'elle sous-entend de la part de celui qui l'a fait sienne, « je suis », de la part de celui qui la prononce, ou qui l'arbore au col de sa veste avec une épinglette, ou qui se l'approprie quand il se présente – sur son profil sur un réseau social – qui justement fait que certains ont voulu s'en démarquer.
Pourquoi ?
Peut-être parce que la phrase était trop bien trouvée, parce qu'elle manquait un petit peu de nuance : en fait elle identifiait tous ceux qui l'acceptaient au journal Charlie Hebdo.
Et précisément, beaucoup de gens – mais enfin pas tout de suite, dans les semaines qui suivirent – beaucoup de gens ont soutenu de façon extrêmement véhémente le fait qu'ils étaient horrifiés par les attentats contre le journal, contre son équipe et d'ailleurs contre quelques autres.
Mais qu'ils ne s'identifiaient pas totalement au journal : ainsi, on affirmait le droit de réagir, de crier son horreur, sa colère , sans pour autant être, ou avoir été, un lecteur assidu de Charlie ; sans pour autant être d'accord avec toutes les prises de position ou même, avec cette forme d 'humour qui est extrêmement décapant et provocant et qui est la marque de fabrique de Charlie Hebdo depuis sa naissance.
Alors, on peut lutter contre la violence faite à Charlie, sans être Charlie.
Mais justement, c'était là que résidait le talent de la formule : « Je suis ».
Voilà une manière très grammaticale de pousser la solidarité jusqu'à l'identification.
Belle effet de langue, et qui a d'assez nombreux prédécesseurs pour montrer justement qu'on condamne, donc qu'on s'assimile à la victime.
Et même qu'on reprend à son compte ce qui est reproché à cette victime.
Par exemple, on peut se rappeler la phrase célèbre en mai 1968 : « Nous sommes tous des Juifs allemands ».
Le principe est proche, même si on est au pluriel : C'est pas « je suis », comme dans « Je suis Charlie », c'est « nous sommes ».
Et cette phrase avait servi de slogan lors d'une manifestation qui affirmait entre autre son soutien à Daniel Cohn-Bendit, qui avait été déclaré indésirable sur le territoire français par le ministre de l'Intérieur de l'époque, au motif qu'il était de nationalité allemande.
Et puis, ce slogan reprenait une phrase de l'hebdomadaire d'extrême-droite Minute, qui auparavant avait traité Cohn-Bendit de « juif allemand ».
Alors, on a entendu souvent depuis des slogans sur le même modèle : « Nous sommes tous des immigrés ; Nous sommes tous des étrangers ; Nous sommes tous des sans papier… »
Si telle personne est opprimée à cause de telle caractéristique, je reprends à mon compte cette caractéristique pour montrer que je suis solidaire.
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锡歆
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