法语助手
2025-02-05
Les japonais les appelaient les femmes de réconfort.
L'expression serait presque belle
mais ces femmes étaient en réalité des esclaves sexuels,
enlevés de force par l'armée japonaise entre 1932 et 1945
pour être emmenés dans des bordels militaires.
Sur les lignes de front de l'empire colonial japonais,
elles étaient violées à répétition par des soldats de l'armée impériale.
On estime qu'il y a eu au moins 200 000 victimes de cet esclavage sexuel de masse,
mais le sujet est tellement tabou
que les chiffres réels pourraient être bien plus élevés.
Aujourd'hui, il ne reste plus que quelques femmes de réconfort encore en vie.
Ces survivantes, âgées de 80 à 90 ans,
continuent de lutter pour obtenir justice et réparation de la part du Japon,
jusqu'ici en vain.
En 2015, des autorités japonaises ont présenté des excuses,
mais aucune compensation.
Le système des femmes de réconfort a existé du fait de l'implication de l'armée japonaise à cette époque.
Il a porté atteinte à l'honneur et à la dignité de nombreuses femmes.
Le gouvernement japonais est pleinement conscient de sa responsabilité.
Le Premier ministre Shinzo Abe, en tant que Premier ministre japonais,
a de nouveau exprimé ses excuses et son repentir du plus profond de son cœur à toutes celles qui,
comme femmes de réconfort,
ont souffert et porté les cicatrices du corps et de l'âme qui sont difficiles à guérir.
Bien peu, bien tard donc.
En Corée du Sud, plusieurs associations se battent pour les victimes et leur mémoire.
En Chine, en revanche, ces événements sont encore considérés
par beaucoup comme une partie honteuse de l'histoire du pays.
Si le sujet est abordé, c'est par nationalisme anti-japonais,
rarement du point de vue des victimes.
Mais le combat continue, billet retour.
Et l'honneur des femmes de réconfort, c'est un reportage de Yena Lee, Jasmine Ling et Andrea Verdelli.
Yueyang, un million d'habitants.
Une ville vieille de 2500 ans au cœur de la Chine.
Ici, la Seconde Guerre mondiale a laissé de profondes séquelles.
Ces rues ont été occupées par l'armée japonaise pendant six ans.
Cette région, c'est le terrain de la chercheuse Zhang Ruyi.
Cette historienne rencontre des femmes de réconfort,
un euphémisme pour désigner les victimes d'esclavage sexuel pendant la guerre.
Grand-mère Peng, vous êtes là ?
Oui.
Je viens vous voir, c'est Zheng Ruyi de Shanghai, vous vous souvenez de moi ?
Je me rappelle.
Pang Zhuying, 95 ans, est l'une des dernières survivantes.
C'est mon pied blessé.
Ça n'arrête pas de saigner.
Il faut mettre de la crème ?
Ça va un peu mieux depuis que j'en ai.
En 1944, elle est kidnappée par des soldats japonais.
Ils la violent et la frappent tous les jours.
Tiens, ta radio.
Elle n'a alors que 15 ans.
Au début de l'invasion japonaise, 6 ans plus tôt,
elle avait perdu la vue lors d'un bombardement de sa rue.
Avec un bâton, ils m'ont cassé deux orteils
et ils ont continué de me frapper.
Ils m'ont entraîné dans une chambre au troisième étage.
C'était un petit immeuble.
Je n'ai pas été enfermée trop longtemps.
10 Jours, peut-être 20.
Son calvaire prend fin seulement quand les soldats fuient la ville.
J'ai entendu parler de son histoire en 2018.
Comment est-ce qu'on peut endurer tant de souffrances ?
Ce témoignage permet à la chercheuse de mieux comprendre l'occupation japonaise.
Grand-mère Peng a une très bonne mémoire.
Elle a toujours une nouvelle anecdote.
Je ne lui demande pas de répéter les détails de sa souffrance à chaque fois.
Elle me parle aussi de son enfance et de détails sur la ville de Yueyang.
A la fin de la guerre, Peng devient cartomancienne.
Tu seras riche quand tu vieilliras.
Dans ta jeunesse, tu ne pourras pas accumuler de richesse.
Pendant des années, elle tire les cartes pour ses voisins,
écoute leurs espoirs et leurs peurs sans jamais parler de son passé.
La première fois qu'elle évoque son traumatisme,
elle a 90 ans.
On ne pouvait pas parler de ça avant.
Si on le faisait, on se moquait de nous et on nous harcelait.
Malgré leur souffrance,
la plupart de ces femmes ont choisi d'enterrer leur douleur et de n'en parler à personne,
en accord avec la tradition confucéenne chinoise.
Donc ça demande beaucoup de courage
aux femmes comme elles de raconter leur histoire.
Pang a parlé à la presse et à des étudiants.
Elle a aussi participé à un projet
pour que son témoignage lui survive.
À 700 kilomètres de là, dans la mégapole de Nanjing,
cette maison close de l'armée japonaise est devenue un musée.
Nous y rencontrons une version IA de Peng Zhuying.
Le public peut poser des questions sur l'histoire de Peng Zhuying.
En fonction de la question,
le système va automatiquement lui attribuer une réponse.
Le logiciel est alimenté par des heures et des heures d'interview.
Une technologie développée avec l'aide du musée de l'Holocauste d'Illinois.
Même s'il ne s'agit pas d'une IA ultra sophistiquée,
elle permet aux curieux d'interagir avec quelqu'un qui a vécu pendant la guerre.
Ça me brise le cœur.
C'est comme lui parler directement face à face.
Et elle parle un dialecte local, donc je me sens très proche d'elle.
D'autres histoires de survivantes sont exposées ici.
Ces femmes et ces filles étaient agressées sexuellement par 5 à 60 hommes par jour.
Il y avait 100 chambres dans cette maison de réconfort.
Si on compte une personne par chambre,
ça fait 100 femmes de réconfort ici.
Mais comme il y avait un roulement permanent,
elles étaient sûrement encore plus nombreuses.
Impossible de savoir exactement
combien il y a eu de femmes de réconfort en Asie,
car la majorité d'entre elles a gardé le silence.
Les historiens s'accordent sur le nombre de 200 000.
En Chine, des universitaires considèrent aujourd'hui
qu'il faudrait doubler cette estimation en y ajoutant les femmes et les filles chinoises oubliées de l'histoire.
Pour cela, il faut trouver de nouveaux témoignages, les faire connaître.
C'est la mission que s'est donnée Zhang Ruyi.
A Shanghai, la chercheuse organise des visites guidées
pour montrer ses découvertes au public.
C'était un cliché pour une maison de réconfort japonaise.
Tout a été laissé comme tel.
Dans la capitale économique chinoise
se cachent des vestiges du passé.
Une voisine reconnaît Zhang, qu'elle voit souvent passer ici.
Cette femme est née et a grandi dans ce bâtiment.
Les ouvriers ne savaient pas que la porte avait une histoire
et ils ont sous-traité les travaux à quelqu'un qui a tout jeté.
Elle essaie de repérer ce qui a été détruit
et ce qui date bien des années 30.
Comme ces fenêtres arrondies, caractéristiques de l'Empire du Japon.
Les étages sont différents.
Les trois premiers datent de l'occupation japonaise.
Les deux derniers ont été construits dans les années 80.
C'est un immeuble résidentiel.
Pendant la guerre, cette adresse était une maison close japonaise,
où les soldats se procuraient le réconfort que leur promettait leur hiérarchie.
Je ne m'attendais pas à ça, je suis choqué.
Dans les livres d'histoire, j'avais lu que c'était des endroits sinistres,
mais de venir sur place et de voir que des gens habitent ici,
ça me bouleverse.
Les objets, les bâtiments historiques
permettent aux chercheurs de donner vie aux récits des anciens.
Mais beaucoup ont été détruits.
Avant, là-bas, il y avait une autre maison de réconfort
Aqui s'appelait Onkou divertissement.
Avec l'urbanisation,
toutes les maisons de réconfort ne peuvent pas être conservées,
mais celles avec une portée historique spéciale doivent être regardées comme mémoriales
pour que tout le monde sache qu'elles ont existé.
Les filles et les femmes parquées dans ces stations
venaient souvent de familles pauvres ou de zones rurales.
Comme ici, dans la province du Shanxi, au sud-ouest de Pékin.
L'enseignant à la retraite, Zhang Shuangbing,
est un pionnier de la recherche sur l'histoire des femmes de réconfort.
Vous voyez cet endroit ?
J'y vais souvent, j'habite à côté.
En 1982, il découvre que sa voisine est une survivante.
Il en fait depuis une affaire personnelle.
Même sa famille et sa carrière passent après ses recherches.
Depuis plus de 40 ans,
mon seul but est que justice soit faite pour les femmes de réconfort.
Grâce aux bouches à oreilles, Zhang a retrouvé de nombreuses victimes.
Il pédalait à travers Champs pour écouter leurs histoires.
En 30 ans, il a aidé 16 femmes chinoises à porter plainte au Japon.
Les cours japonaises ont reconnu l'effet,
mais sans offrir de compensation ou même d'excuses,
ça me rend furieux.
A 71 ans et atteint d'un cancer des poumons, Zhang se sent impuissant.
Toutes celles qui l'a aidé sont aujourd'hui décédées.
Il aurait aimé faire plus.
Les survivants vieillissent, ceux qui portent leurs histoires aussi.
Pour préserver leurs souvenirs, c'est une course contre la montre.
Le réalisateur Guo Ke en a fait deux documentaires.
Le dernier est sorti en 2017.
Le titre, 22, fait référence au nombre
de femmes de réconfort chinoises connues à l'époque.
A l'époque, après le tournage,
on prenait des photos souvenirs avec les dames et toute l'équipe.
Son documentaire n'a pas de narration ni d'archives,
juste la voix des survivantes, enregistrée chez elle.
Je n'avais que dix-sept ans, à l'époque.
Il m'appelait Mademoiselle Shiro.
Les Japonais violaient toutes les filles qu'ils trouvaient, si cruels.
A chaque fois je voyais une baïonnette, je mourais de peur.
Ce sont des émotions très réelles.
Je les ai enregistrées chez elles.
En fait, j'emmène le spectateur là-bas pour les voir
et comprendre leur vie comme je l'ai fait moi-même.
Son film est entièrement financé par une cagnotte en ligne.
Un film indépendant,
mais approuvé par la censure et un immense succès en salle.
Le but est de se souvenir de l'histoire.
C'est ce que je voulais accomplir.
Le réalisateur se dit apolitique
et s'inquiète que son travail soit récupéré par les nationalistes anti-japonais.
Je ne souhaite pas que le film alimente la haine entre deux pays.
Il y a eu très peu de réactions nationalistes
et la plupart des spectateurs voient le problème de manière rationnelle.
Les sources d'informations de son documentaire ont été fournies
par le seul institut chinois dédié à l'étude des femmes de réconfort.
Celui où travaille Zhang Ruyi, que nous retrouvons à l'université normale de Shanghai.
Cette femme s'appelle Li Meijin.
C'est une survivante de Hainan.
C'était la dernière dans le film 22.
Elle est morte l'année dernière.
D'après Zhang, il n'y a quasiment pas eu de recherche
sur les femmes de réconfort pendant des années.
Des années 90 aux années 2000,
il y avait très peu de gens qui faisaient ces recherches en Chine.
Notre gouvernement ne s'y opposait pas,
mais ne les soutenait pas non plus.
Sans trop d'intérêt de la part des autorités
et sans réel activisme possible en Chine,
le problème n'était connu que par quelques universitaires
et par des particuliers comme l'enseignant Zhang Shuangbing et le réalisateur Guo Ke.
On rétablit la vérité.
Il ne s'agit pas de détester le Japon.
Il y a encore des guerres
et on espère que la persécution des femmes ne se reproduira plus,
ni maintenant, ni dans le futur.
Des violences sexuelles commises contre des filles et des femmes,
souvent de familles pauvres.
Pour Zhang, l'existence de ces victimes est loin d'être insignifiante.
Elle veut lever le tabou
pour que leurs voix s'inscrivent dans l'histoire
et apaisent un peu les dernières femmes de réconfort de Chine.
沙发还没有被抢走,赶紧过来坐会吧