法语助手
2025-01-26
En France, le droit à l'avortement existe depuis la loi Veil,
en 1975.
Avant cette loi, on estime qu'au moins 250
000 avortements étaient faits illégalement chaque année.
Et cela au risque de graves complications médicales :
hémorragie, septicémie, infection des trompes.
On estime qu'au moins 250 femmes mourraient chaque année des
suites d'avortements.
Face à cette crise, des hommes et des femmes,
médecins ou militants, décident d'agir.
Récit d'une époque où, pour avorter en France,
il fallait le faire clandestinement.
Moi, j'étais étudiante, j'étais mineure.
Je me suis trouvée enceinte.
J'étais paniquée.
C'était interdit d'aider les femmes à avorter.
En 1970 et avant, de toute façon, une femme qui voulait avorter, avortait.
Si elle avait des relations, elle trouvait un médecin qui,
en la faisant payer cher, l'avortait.
Les femmes qui avaient de l'argent se faisaient avorter en clinique
par des chirurgiens qui prenaient du black et qui faisaient
ça très bien, sous anesthésie.
Ce qu'il faut comprendre, c'est la technique.
C'est-à-dire que pour avorter, à l'époque, il fallait faire
un curetage pour vider l'utérus et ne pas faire d'hémorragie.
Et pour ce curetage, il fallait faire une anesthésie.
Et pour les autres, c'était le drame.
Il fallait trouver une solution et elles avortaient à leurs risques et périls.
Elles se posaient des sondes à elles-mêmes, ou les faisaient faire
par une amie, ou par les femmes
qui faisaient ça, qu'on appelait les fameuses faiseuses d'anges.
Elles mettaient ça dans leurs utérus et ça restait deux ou trois jours,
le temps que ça déclenche l'infection et que ça saigne.
Les femmes voulaient rester secrètes.
C'est-à-dire que, poser une sonde, ça se faisait soit à leur domicile,
quand c'était possible.
Ça pouvait être à l'hôtel.
Moi, je l'ai fait à l'hôtel.
Mais avec la suspicion de la réceptionniste
qui nous voyait monter.
Et là, au cours de nos gardes,
nous voyions arriver des jeunes femmes qui avaient notre âge.
Puisqu'à l'époque, on était des étudiants, on avait entre 22
et 24 ans à peu près.
Donc, des filles de notre âge qui venaient
avec des complications absolument tragiques
d'avortements clandestins ratés.
Des jeunes femmes qui saignaient des quantités industrielles de sang,
avec de l'hypotension, ou alors
avec des fièvres très importantes qui étaient dues
à des complications infectieuses.
Ce qui fait que la principale séquelle de l'avortement clandestin,
c'était la stérilité définitive.
Et on avait, en France, une femme par jour
qui mourrait des complications d'un avortement criminel clandestin.
Je ne voulais pas poser une sonde, parce que je savais que
j'allais risquer ma vie.
Et puis finalement, j'ai fait comme tout le monde.
J'ai fini par chercher, par extorquer une adresse
à une copine, à son copain.
Et puis on a trouvé de l'argent dans la caisse du bureau
de tabac de mon copain.
Pour avorter proprement, il fallait beaucoup d'argent.
Voilà ce qu'on a fait.
Jusqu'au jour où Harvey Karman, psychologue et militant américain,
popularise une méthode d'avortement découverte en Chine.
Simple et sans anesthésie, la méthode par aspiration,
dite méthode Karman, va permettre de faire baisser
drastiquement le taux de décès liés à l'avortement.
C'était une canule, grosse comme mon doigt,
qu'on branchait au bout d'une seringue.
Comme je l'ai dit tout à l'heure, pour un curetage, il fallait
curetage pour enlever.
Tandis que là, on entrait dans l'utérus de la femme, on aspirait
et c'était vide.
Elles n'en revenaient pas.
Elles disaient : "Mais vous êtes sûre ?
C'est bien fini là ?
Vous êtes sûre ?
Vous avez bien tout enlevé ?
Vous voyez, je n'aurai pas d'hémorragie".
D'abord, ça se faisait par bouche-à-oreille.
Et on recevait les femmes dans un appartement.
Mais au niveau hygiène, c'était beaucoup plus satisfaisant
que les avortements clandestins traditionnels, parce que les canules
étaient stériles et que nous, on était étudiants en médecine, donc on
savait un peu comment il fallait faire.
On allait chez les femmes avec une petite mallette, à deux,
sans donner notre nom et on leur faisait leurs aspirations.
Nous allions, en soirée, dans les groupes
qui pratiquaient déjà l'avortement pour nous former.
Ensuite, nous pratiquions nous-mêmes.
Il n'y avait pas besoin d'être étudiant en médecine ou personnel soignant.
Il y avait des non-médecins qui, à ce moment-là, pratiquaient
les avortements par la méthode Karman.
J'avais décidé de les faire à mon cabinet, un après-midi par semaine.
Savez-vous qu'il y en avait qui arrivaient avec des liasses de billets,
tellement elles croyaient qu'on allait leur prendre de l'argent ?
Elles n'arrivaient pas à comprendre qu'on allait les avorter gratuitement.
On avait une permanence d'accueil rue Buffon,
dans une petite librairie qui a vite été débordée.
Et on s'est retrouvés à accueillir des femmes qui venaient
de toute la France.
Les unes étaient sélectionnées, je mets bien entre guillemets,
pour être avortées sur place, si elles avaient vraiment peu de moyens
et qu'elles étaient dans des délais pas trop avancés.
Et les autres étaient dispatchées soit vers la Hollande,
soit vers l'Angleterre.
Ces femmes étaient si nombreuses qu'on a vite été amenés
à organiser des voyages collectifs.
Il y avait un brassage, il y avait des étudiantes, il y avait
des ménagères, il y avait des ouvrières.
Les milieux socioculturels étaient extrêmement différents.
Autant les femmes, à l'aller, étaient repliées
sur elles-mêmes dans leur angoisse ;
autant, au retour, il y avait une sorte de libération
et de gaieté.
Et ce n'étaient pas les mêmes femmes.
Elles avaient compris que l'avortement pouvait être une chose simple.
Et pas culpabilisante.
Je le dis avec toute ma conviction : l'avortement doit rester l'exception,
l'ultime recours pour des situations sans issue.
17 janvier 1975, la loi Veil est adoptée.
Les Françaises peuvent se faire avorter librement.
L'interruption volontaire de grossesse.
Pourquoi décident-elles d'interrompre leurs grossesses ?
Avortement libre et gratuit !
L'avortement devient un droit et au fil des années,
il sera progressivement élargi, ouvert aux mineures, puis remboursé.
La loi Veil ?
Les femmes allaient arrêter de mourir.
C'est ce qui s'est passé.
En quelques mois, on a vu tout disparaître :
plus de morts, plus de septicémies, plus
de péritonites, plus de salpingites.
Au cours des années 1970, le nombre de décès
liés aux accidents et maladies de la grossesse chute
brutalement en France.
L'avortement devient un acte médicalisé.
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