法语助手
2025-02-17
Mes chers camarades, bien le bonjour !
Quelle horreur !
Ça se passe mal au boulot et ce matin, le patron a mis les pieds dans le plat.
Un collègue a voulu vous rouler dans la farine en vous accusant et vous étiez à ça de finir sur le carreau.
Heureusement, un ami vous a défendu, vous lui devez une fière chandelle.
Donc ce soir, vous l'invitez pour lui dire merci.
Au menu, dîner à la bonne franquette,
picoler à tire - larigot, et bien sûr,
mater cet épisode de Nota Bene, les expressions anciennes,
troisième fournée.
Et oui, parce qu'on a déjà fait deux épisodes avant,
donc je vous invite à aller les voir si c'est pas déjà fait.
Et oui, c'est quoi ces histoires de pieds dans le plat, de farine, de chandelles, de carreaux ?
Pourquoi on dit bonne franquette ?
Pourquoi tire-larigot ?
On va découvrir tout ça dès maintenant en reprenant toute cette histoire dans l'ordre.
Donc quelqu'un a mis les pieds dans le plat.
Peut-être qu'il a été très cash, qu'il a dévoilé un secret, qu'il a poussé une gueulante.
Dans tous les cas, l'origine de cette expression est assez difficile à deviner,
parce que contrairement à ce que l'on pourrait penser,
il n'y a zéro rapport avec la cuisine.
Au début du XIXe siècle, la langue française n'était pas unifiée sur tout le territoire.
Il existe presque autant de langues que de terroirs et,
selon la chercheuse Christine Jacques-Epfaud,
ce n'est vraiment qu'à la fin du XIXe siècle qu'on assiste à la démocratisation de l'enseignement.
On peut notamment penser aux enfants, désormais scolarisés grâce aux lois Jules Ferry.
Résultat, le français s'impose à tous.
Mais avant ça, si on se rend sous le soleil de Provence,
on découvre toutes sortes de jolis mots de provençal et d'occitan.
Par exemple, le plat, c'est une étendue d'eau basse,
éventuellement boueuse, comme une mare d'eau molle et dangereuse.
À l'inverse, gafar, c'est ce qui accroche, qui mord, qui attaque.
Quand on passe un gué, par exemple, on gaffe, on s'accroche d'une rive à l'autre.
gaffer, c'est donc le fait de patauger, de galérer dans l'eau ou la boue.
Et on retrouve ce mot encore de nos jours.
Une gaffe, c'est un long crochet qui sert à manœuvrer une embarcation.
Et bien sûr, faire gaffe, c'est prendre ses précautions.
A l'inverse, celui qui fait pas gaffe, lui, il se jette en plein milieu.
Du coup, il met les pieds à l'eau, les pieds dans le plat.
Il patauge, et donc il remonte la vase à la surface, éclaboussant tout sur son passage.
Bref, il a fait une bourde, il a fait une gaffe.
Il aborde un sujet sensible, mais de manière maladroite, naïve, non intentionnelle.
En gros, c'est la gênance maximale.
Petite nuance tout de même, de nos jours,
mettre les pieds dans le plat peut aussi prendre un sens plus agressif et intentionnel.
Quelqu'un aborde de front, volontairement,
un sujet qui va fâcher tout le monde,
et tant pis pour les dégâts.
En français, on parle donc de jeter un pavé dans la mare,
de se jeter à l'eau, de couvrir ou de traîner dans la boue les autres.
Mais d'autres langues ont adopté des images assez drôles pour dire la même chose.
Chez les Anglais, on dit carrément qu'on met son pied dans la bouche.
Et chez les Allemands, on met plutôt son gros pied dans le petit pot de graisse.
Tout un programme.
Forcément, mettre les pieds dans le plat, ça a déclenché une dispute.
Et on commence à s'accuser les uns les autres.
Et là, mauvaise surprise, quelqu'un essaye de vous rouler dans la farine.
Et cette expression aussi, elle nous vient tout droit du 19e siècle.
Aujourd'hui, ça veut dire qu'on s'est fait duper ou arnaquer.
Ce qui est marrant, c'est que chaque mot pris à part portait déjà un peu sur cette idée.
Rouler, par exemple, ça veut dire qu'on retourne quelqu'un.
En argot, c'est pour le duper, le voler, lui faire les poches.
Un peu comme quand on fait tourner quelqu'un à l'aveugle pour jouer à colin-maillard ou qu'on joue les pickpockets dans le dos d'une personne.
Et c'est pareil pour la farine.
Autrefois, les comédiens, les bouffons et les clowns l'utilisaient pour se blanchir le visage et se créer une autre identité lors de leurs spectacles.
Du coup, la farine aussi est le symbole du faux-semblant et de l'artifice.
Dès le XVIe siècle, le verbe enfariner désigne donc le fait de jouer un rôle,
personnage, voire de jouer un tour en trompant ses spectateurs.
Mais ça n'est pas du tout négatif, c'est juste le métier qui veut ça.
Et celui qui va donner un sens négatif au mot enfariner,
c'est un grand auteur du XVIIe siècle,
Jean de La Fontaine.
En 1668, dans sa fable Le chat et un vieux rat,
le chat Mitis se maquille, mais pour mieux piéger et dévorer des souris.
Je cite « Notre maître Mitis, pour la seconde fois les trompe et les affine,
blanchit sa robe et s'enfarine. »
Quelques vers plus loin, c'est le rat qui s'écrit « Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille ».
Du coup, ça y est, enfariner prend désormais un sens dangereux, voire mortel.
Et voilà comment, au XIXe siècle, les deux mots « rouler » et « enfariner » finissent par se croiser.
Chacun a un sens péjoratif.
Du coup, mis ensemble, ils forment une expression vraiment intense et un peu drôle.
Rouler quelqu'un dans la farine, c'est vraiment lui jouer un sale tour avec une belle mise en scène,
une volonté de nuire évidente.
L'idée de tromperie est vraiment accentuée presque à un niveau comique puisque la victime est vraiment ridiculisée de façon théâtrale.
En gros, l'expression dramatise mieux pour mieux dédramatiser.
C'est paradoxal, mais efficace.
Une fois roulé dans la farine, vous en gardez un souvenir cuisant.
Mais consolez-vous, ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.
La preuve, si vous êtes encore là pour vous plaindre,
c'est que vous n'êtes pas complètement resté sur le carreau.
Tiens, d'ailleurs, ça veut dire quoi ça ?
Une personne reste sur le carreau lorsqu'elle est dans une situation difficile.
Elle est délaissée, elle est blessée ou carrément décédée.
Et je ne compte pas moins de 4 origines possibles de cette expression historique.
Première possibilité.
Depuis le XIIe siècle, le mot « carreau » désigne un fragment de terre cuite qui sert à paver le sol d'une demeure.
Donc, quelqu'un qui se fait blesser ou tuer dans une maison reste, logiquement, sur le carreau.
Au XVe siècle, on dit « estre tué sur le carrel ».
mais spécifiquement pour un crime qui a lieu sur la voie publique.
Le carrel, c'est tout simplement les pavés de la rue.
Deuxième hypothèse, beaucoup plus récente,
le carreau d'une mine, à l'époque de la révolution industrielle,
c'est ce qui désigne toutes les installations en surface.
les ateliers, les bâtiments, les bureaux, les cantines qui se trouvent dans une mine.
On en a déjà parlé concernant la catastrophe de Courrières,
une explosion qui a fait 1099 victimes et même soulevé le carreau de la mine.
A l'époque, de nombreux mineurs travaillaient à la journée,
on les embauchait le matin en fonction des besoins du jour.
Mais lorsqu'il n'y avait pas assez de travail,
alors ceux restés sans emploi étaient laissés sur le carreau.
Ils ne pouvaient donc pas descendre et devaient retenter leur chance le jour suivant.
Troisième possibilité, le carreau ne serait lié ni à la criminalité,
ni au monde du travail, mais à celui du sport.
Le jeu de paume, cet ancêtre du tennis pratiqué en Europe depuis l'Antiquité tardive,
a connu son âge d'or sous l'Ancien Régime.
Mais son terrain n'est pas en pelouse ou en terre battue, comme au tennis.
Il est recouvert de tomates en terre cuite ou en pierre.
Du coup, si un joueur rate sa balle et trébuche, il reste sur le carreau.
Dernière hypothèse pour rigoler, même si c'est la moins probable des 4.
Le carreau d'une porte, c'est aussi son seuil extérieur.
A la cour du roi, les courtisans rêvent d'être admis dans les appartements de sa majesté.
Pour s'attirer privilèges, faveurs et fonctions honorifiques,
certains n'hésitent pas à dépenser des fortunes.
Mais si le monarque est trop sollicité, tant pis, ses appartements restent fermés.
Du coup, on a des gens qui ont tout claqué et ont fait beaucoup d'efforts pour rien.
Ils restent sur le carreau de la porte close.
Heureusement, ce n'est pas votre cas, quelqu'un vous a tiré du mauvais pas, vous a rendu service.
Et maintenant, vous êtes très reconnaissant, vous lui devez une fière chandelle.
Reste à savoir comment et pourquoi un morceau de bougie peut ressentir de la fierté.
Cette expression trouve son origine dans la tradition religieuse.
Les chandelles, cierges et autres bougies sont des objets à la symbolique forte dans le judéo-christianisme.
On associe la flamme d'une bougie à la prière de la personne qui l'a allumée,
un peu comme si elle s'élevait pour porter un message vers le ciel.
On la fait donc volontiers brûler pour accompagner un vœu ou un remerciement personnel,
ou lors de grands événements liturgiques communs comme Pâques,
l'Avent ou les baptêmes.
C'est même l'un des plus anciens actes de piété populaire.
Mais de façon plus terre-à-terre, la chandelle a aussi une sacrée histoire économique.
Au Moyen-Âge, le feu est la seule source d'éclairage et la bougie devrait donc être un produit essentiel.
Problème, elle coûte super cher, surtout si elle est en cire d'abeille naturelle et réservée aux seuls seigneurs et membres du clergé.
Et encore, c'est rare et précieux donc on l'économise.
Oubliez donc un peu les films où chaque pièce a 4 chandeliers,
12 candélabres et 3 lustres gavés de bougies.
Et pour les gens plus modestes, il faut se rabattre sur la bougie en suif à l'odeur acrée à la fumée épaisse.
Ce n'est qu'au XIXe siècle qu'on va découvrir la paraffine et la stériline qui sont peu coûteuses et faciles à produire.
Et voilà comment on a démocratisé la lumière.
Pensez-y, la prochaine fois que vous allumez une bougie, juste pour la déco du salon.
Non seulement faire brûler un cierge dans une église représentait un vrai investissement,
mais en plus, leur taille évoluait en fonction du degré d'importance qu'on accordait à sa prière.
Par exemple, vous avez eu une grosse récolte cette année ?
Vous avez reçu un grand coup de main ?
Ou échappé à un péril vraiment impressionnant ?
Alors vous devez un grand remerciement à Dieu.
Donc une grosse prière, donc une grosse chandelle.
D'où l'expression « devoir une belle chandelle » à Dieu ou à la Vierge.
Elle évolue probablement au XVIIIe siècle en « devoir une fière chandelle ».
Fière, donc remarquable, importante.
Aujourd'hui l'expression n'est plus religieuse et elle s'étend à tous les services que quelqu'un a pu vous rendre.
Et vous êtes concerné, puisqu'on va poursuivre notre petite histoire qu'on a commencé dans l'introduction,
vous deviez une fière chandelle à un collègue.
Donc vous l'invitez à dîner, à la bonne franquette, sans manière, sans faire de cérémonie quoi.
Souvent, cette expression annonce un repas simple,
où les convives peuvent faire comme chez eux sans s'embarrasser des convenances.
Mais la bonne franquette ne s'applique pas qu'à la table,
ça peut aussi désigner d'autres événements spontanés ou simples.
Bref, ça veut dire sans chichi, sans se prendre la tête.
Attention, je précise, à l'époque, ça peut être un peu péjoratif pour désigner quelque chose qui manque aussi de goût et de raffinement.
Mais alors d'où vient cette expression ?
Dans mon enquête, j'ai retrouvé à la bonne « flanquette »,
mais utilisé marginalement et uniquement dans certains patois régionaux.
La plupart du temps, le mot c'est bien « franquette »,
qui viendrait a priori de Normandie ou de Picardie.
C'est un dérivé du mot « franc » qui désigne la franchise, la sincérité.
Par exemple, Molière l'utilise en 1666 dans son Médecin malgré lui.
Un personnage très authentique exige de connaître la vérité simple et directe.
Il s'écrit alors, je cite, « Ne lantiponez point davantage et confessez à la franquette que v'estes médecin! ».
Dites franchement, avouez, vous êtes médecin !
Bon, par contre, ne me demandez pas ce que ça veut dire « lantiponer »,
je sais pas et j'ai un peu galéré à le prononcer.
Et si vous avez remarqué le ton, c'est une personne du peuple qui s'agace et qui parle franchement.
Molière aimait bien faire ça pour critiquer la bonne société du XVIIe siècle.
comme dans Les Précieuses Ridicules.
Il y aurait d'un côté ce que l'historien de la langue Claude Dunton appelle l'art de vivre à la française,
très raffiné, bourgeois, complexe et un peu hypocrite,
et puis de l'autre le mode de vie à la franquette,
simple, honnête et franc.
Et de fait, cette distinction sociale a beaucoup fait rire les littéraires.
Après Molière, il y a eu aussi Louis Aragon,
Honoré de Balzac et Marguerite Duras qui ont utilisé cette expression à la franquette.
Et vraisemblablement, au cours du XVIIIe siècle, l'adjectif « bonne » va s'ajouter à l'expression.
Et ça, c'est plutôt cool parce que ça renforce encore le côté positif.
A la bonne franquette, ça n'a aujourd'hui plus rien de péjoratif.
c'est relax et décomplexé.
Et puisqu'on parle de décomplexer les choses,
à table, certains ont recours à la plus grosse astuce de l'histoire pour se désinhiber,
l'alcool.
Si on en consomme trop, on dit même qu'on en boit à tire-larigot.
La dernière et la plus cheloue de nos expressions du jour,
qui elle aussi ne concerne pas que la tablée,
mais tout ce qui est en grande quantité,
en abondance, parfois un peu excessive.
Vu comme ça sonne, il y a des chances que « tire-larigot » ait une ou plusieurs références argotiques.
Première possibilité, la boisson.
Au XVe siècle, on dit qu'on tire le vin hors de son fût afin de le boire,
dans un verre tenu à la verticale.
En fait, sa position toute droite, plus les jolis sons qui en ressortent,
les glouglous quand on verse et qu'on boit,
font un peu penser à un instrument de musique,
une flûte, dont on ne cesserait pas de jouer.
D'ailleurs, on parle bien de « siffler un verre ».
Bref, on associe le verre et la boisson à la musique,
et notamment à une petite flûte qui fait partie intégrante de l'orgue,
le larigot.
Et voilà, au XVIe siècle, on associe les deux, ce qui donne l'expression « boire à tire-larigot ».
Boire tenter si vite qu'on verse, qu'on siffle,
qu'on verse, qu'on siffle, etc. Alors,
autre hypothèse, en plus de la forme du verre et du son du liquide,
l'expression viendrait peut-être aussi de la réputation des flûtistes et des musiciens en général d'être de grands buveurs.
Peut-être parce qu'ils travaillaient dans un contexte souvent festif.
En tout cas, l'expression « flûter pour le bourgeois » était synonyme de « boire comme un trou ».
Par contre, pourquoi on ne dit pas « boire à tire-flûte » ou « à tire-pipeau mais à tire-larigot » ?
C'est encore un mystère.
Mais en restant dans le rayon des instruments,
il y a encore une autre hypothèse historique assez incroyable.
Rendez-vous à la cathédrale gothique de Rouen, la troisième plus grande du monde.
Mais ne tournez pas vos regards vers son orgue et ses larigots, mais plutôt vers son clocher.
Car tout en haut, une des plus célèbres cloches s'appelle La Rigaud.
Ce nom viendrait d'un archevêque du XIIIe siècle,
le franciscain Eudes Rigaud, conseiller spécial du roi Louis IX,
qui a fait don de la cloche à la ville.
Très imposante, lourde de 10 tonnes, il fallait pas moins de 12 hommes pour sonner la rigaud.
Et les courageux qui se chargeaient de tirer sa corde se voyaient offrir du vin.
Vous voyez donc le truc venir, on étanche sa soif après avoir tiré la Rigaud.
D'où l'expression.
Bon, cette légende est loin d'être aussi probable que les autres explications.
Déjà parce qu'entre l'évêque du XIIIe siècle et l'expression du XVe,
il y a quand même 200 ans de silence des sources.
Et comme la fière chandelle, le roulement dans la farine et la bonne franquette,
tire-larigot a pris un sens plus large,
plus divers et varié à travers les siècles.
Aujourd'hui, ce n'est pas que boire qui peut être excessif.
On peut aussi parler à tire-larigot, se battre à tire-larigot, investir à tire-larigot.
Bref, dès qu'on en fait trop, y'a larigot. Et justement,
après 6 nouvelles expressions, je ne vais pas essayer d'en faire plus,
mieux vaut s'arrêter là pour aujourd'hui.
Sinon ça finira jamais, parce qu'une chose est certaine,
les expressions, un petit peu chelou, ça ne manque pas.
Et c'est bien la preuve que les langages,
les usages, les pratiques sociales,
changent, se transforment et évoluent sans cesse.
Et c'est justement ce qui est fun !
Alors merci à Eponine Le Galliot pour ce nouveau voyage à travers les expressions.
Si vous n'avez pas déjà vu les deux premiers épisodes,
C'est le moment, comme ça vous pourrez me dire quelle expression est votre préférée !
Et moi je vous dis à la prochaine sur Nota Bene !
Salut !
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