法语助手
2025-01-29
D'où vient le "salut romain" ?
Et a-t-il existé ?
Vous avez sans doute déjà vu ce type de geste.
Ces défenseurs soutiennent souvent qu'il ne s'agit pas d'un salut nazi ou fasciste,
mais d'un salut romain,
ce geste d'allégeance sans aucune connotation antisémite ou xénophobe.
Clarifions-le tout de suite:
ce salut romain n'existe pas.
Aucun document, aucun texte,
aucune image ne le documente.
Un tel geste n'existait pas,
du moins pas comme ce qu'on entend
pas l'expression "salut romain".
Le salut que nous appelons salut romain
est un salut romain fasciste du XXe siècle.
D'autres saluts existent dans la Rome antique,
comme ces gestes militaires de la part d'hommes puissants.
Mais c'est plutôt une façon d'honorer ces troupes victorieuses,
en leur adressant un "bonjour et bravo".
On trouve aussi la statue dite du "harangueur",
une posture d'orateur qui n'est pas non plus un salut romain.
Ce geste apparaît bien plus tard.
On parle souvent de ce tableau de Jacques-Louis David,
mais on a plutôt ici un geste de serment.
C'est fin XIXe, début XXe que tout se joue,
notamment via le théâtre et dans les péplums,
le genre cinématographique qui représente l'Antiquité.
Et ce, dès le tout premier:
un film de 1897, de 50 secondes, produit par les Frères Lumière.
C'est un peu l'équivalent du casque à cornes
et des moustaches pour les Gaulois, si vous voulez.
C'est devenu un marqueur de romanité,
tout comme les attributs des Gaulois dans la peinture d'histoire
ou dans le cinéma des premiers temps les a représentés.
Mais c'est tout aussi peu historique.
Autour de la Première Guerre mondiale,
un certain Gabriele d'Annunzio a un rôle crucial pour la politisation de ce geste.
Il est un des écrivains les plus connus en Italie,
on l'appelle "Le Poète".
Et en 1914, il signe le scénario de "Cabiria",
un film au décor impressionnant pour l'époque,
où on voit encore ce salut romain.
Il est donc possible que D'Annunzio se soit rendu compte du potentiel,
du côté spectaculaire, de l'aspect visuel de ce geste.
D'Annunzio est aussi un militaire
qui a fait la Première Guerre mondiale et un nationaliste.
En 1919, il mène l'annexion de Fiume,
une cité portuaire de l'actuelle Croatie.
D'Annunzio harangue les plus de 2000 partisans sur place
et conclut son discours avec ce geste martial, repris par la foule,
synonyme d'un serment commun.
Avec des soldats qu'il appelait des légionnaires -
il y a une analogie romaine derrière tout ça
- il a envahi Fiume, et a inventlé une sorte de rituel romain:
les "légionnaires" par exemple, et aussi le salut avce le bras tendu.
Depuis ce moment, on en est venu à l'appeler
"il saluto romano" le salut romain.
Le terme a été inventé à des fins politiques.
Benito Mussolini, moins connu que D'Annunzio à l'époque,
reprend son imagerie en arrivant au pouvoir en 1922,
notamment le salut.
Il en fait un symbole officiel de sa dictature fasciste.
On parle donc de "salut nazi" par abus de langage.
Le salut fasciste devient un élément de la liturgie,
de la relitigion politique fasciste.
Donc c'est à la fois un signe de reconnaissance,
d'appartenance, de respect d'une autorité.
On le voit encore dans "Scipion l'Africain",
une superproduction du régime mussolinien.
Et le terme de fascisme est aussi une référence à l'Antiquité.
Les "fasci", en plus d'être des groupes d'extrême gauche,
étaient ces objets symboles de pouvoir arborés par les licteurs,
les gardes des magistrats romains.
C'est une Antiquité qui a été un moment de grandeur de l'Italie.
Il y a chez les fascistes italiens, très tôt,
un projet impérial, avec l'idée de conquérir des territoires.
C'est une façon de placer ses pas dans un passé
de grandeur, tout simplement.
Même l'olympisme de l'époque multiplie les références antiques:
Cette fascination pour l'antiquité, dans le cas de Pierre de Coubertin,
elle est liée également à une volonté de retremper la race européenne
- je reprends les mots de l'époque et les mots de Pierre de Coubertin -
dans cette espèce de bain réjuvénant, de régénération,
par une réincarnation de l'Antiquité grecque et romaine.
Ce sont des choses qu'on trouve dans certaines élites plutôt conservatrices,
dont fait parti Pierre de Coubertin.
Cette fascination pour l'Antiquité,
on la retrouve aujourd'hui dans les extrêmes droites européennes.
Et puis, lorsqu'Adolf Hitler arrive au pouvoir,
il en fait le symbole des nazis.
Il est bientôt adopté en Grèce, dans le régime du 4-août,
chez les franquistes en Espagne, par la British Union of Fascists.
Et en France, il est adapté par Jacques Doriot,
ancien communiste devenu collaborateur.
Avec tout ça, il acquiert une telle connotation qu'en 1942 aux Etats-Unis,
on annule le salut de Bellamy.
C'était un geste patriotique
que les écoliers américains faisaient pour saluer le drapeau.
Mais rien à voir avec un mouvement politique,
il avait été mis en place par l'auteur de l'hymne américain
pour fêter les 400 ans de la "découverte de l'Amérique".
Quant à l'image d'un salut romain,
elle est enracinée par les péplums d'après-guerre,
par association avec l'idée d'un pouvoir oppresseur.
Pour résumer, justifier ce geste de provocation,
cet appel du pied à une frange de l'électorat de Trump,
par un prétendu salut romain inoffensif,
c'est instrumentaliser une représentation fantasmée
de l'Antiquité et pas du tout faire appel à un référent historique.
C'est aussi oublier que certains objets ou gestes
ont acquis au cours de l'histoire une connotation incontestable.
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